petit message

Comprendre les déclencheurs du SSPT : Quand le passé revient frapper à la porte…

T’es-tu déjà retrouvée submergée par une vague d’angoisse sans raison apparente ? Peut-être qu’une odeur familière, un bruit soudain ou même une simple conversation ont fait remonter des souvenirs que tu pensais avoir rangés dans un coin de ta mémoire. Si cela résonne en toi, sache que tu n’es pas seul·e. Ces moments troublants portent un nom : ce sont des déclencheurs, et ils font partie de l’expérience vécue par des millions de personnes touchées par le syndrome de stress post-traumatique (SSPT).

Qu’est-ce qu’un déclencheur ?

Un déclencheur, c’est comme une alarme invisible qui se déclenche dans ton cerveau. Ce sont des rappels sensoriels d’un événement traumatique qui peuvent prendre la forme d’un son, de quelque chose que tu vois, d’une odeur, d’une sensation physique, voire d’un moment de la journée ou d’une saison. Ce qui semble anodin pour les autres peut devenir, pour toi, une porte ouverte sur un passé douloureux.

Imagine : tu es tranquillement dans la cuisine et l’odeur de l’eau de Javel te projette instantanément dans un souvenir d’enfance traumatisant. Ton cœur s’emballe, tes mains tremblent, et soudain tu n’es plus dans ta cuisine mais ailleurs, dans le passé. C’est exactement ce que vivent les personnes confrontées aux déclencheurs du SSPT.

Le SSPT : Quand le système d’alarme ne s’éteint plus

Pour comprendre les déclencheurs, il faut d’abord comprendre ce qui se passe dans le cerveau après un traumatisme. Face à un événement traumatisant, le cerveau peut être dépassé et ne pas traiter l’information correctement. Le souvenir n’est pas archivé normalement comme un événement du passé. Il reste figé, vivant, prêt à resurgir.

Environ 70% des personnes dans le monde vivent un événement potentiellement traumatisant au cours de leur existence, mais seule une minorité développe un SSPT. Pourquoi certaines personnes développent-elles ce syndrome alors que d’autres parviennent à surmonter le traumatisme ? La réponse est complexe et implique de nombreux facteurs : l’histoire personnelle, la sensibilité, le soutien dont on dispose, et la nature même du traumatisme vécu.

Les différents visages des déclencheurs

Les déclencheurs sensoriels

Nos cinq sens sont les gardiens de nos souvenirs. Ce sont les sens qui vont jouer le rôle de déclencheur : la vue du sang, le bruit d’un pétard, l’odeur d’un parfum, la façon d’être touché par quelqu’un, le goût d’une boisson.

La vue : Une couleur particulière, un type de voiture, le reflet de la lumière à une certaine heure de la journée. Tout ce que vos yeux ont capturé pendant le traumatisme peut devenir un rappel visuel.

L’ouïe : Le bruit des feux d’artifice peut être un déclencheur pour les anciens combattants souffrant d’un SSPT. Un claquement de porte, une voix qui ressemble à celle d’un agresseur, ou même une chanson qui passait au moment de l’événement.

L’odorat : C’est peut-être le sens le plus puissant pour réveiller les souvenirs. L’odeur d’un parfum, de la fumée, d’un désinfectant hospitalier… Les odeurs peuvent vous transporter instantanément dans le temps.

Le toucher : Une texture particulière, une sensation de pression, la température d’une pièce. Ta peau se souvient, même quand ton esprit essaie d’oublier.

Le goût : Moins fréquent mais tout aussi puissant, le goût d’un aliment ou d’une boisson peut ramener des flashbacks intenses.

Les déclencheurs de situations

Au-delà des sens, certaines situations ou contextes peuvent réactiver le traumatisme :

  • Les lieux : Retourner à l’endroit où l’événement s’est produit, ou dans un lieu qui y ressemble
  • Les dates anniversaires : La date de l’événement traumatique ou des périodes de l’année similaires
  • Les personnes : Quelqu’un qui ressemble physiquement ou dans son comportement à une personne liée au traumatisme
  • Les situations sociales : Les foules, les espaces confinés ou ouverts selon la nature du traumatisme

Les déclencheurs émotionnels

Parfois, ce sont tes propres émotions qui deviennent des déclencheurs. Se sentir impuissant, en colère, ou même joyeux peut ramener les émotions associées au traumatisme initial.

Comment reconnaître qu’on a été déclenché ?

Ton corps te parle, et il est important d’apprendre à l’écouter. Voici des signes qui peuvent indiquer que tu as été déclenchée :

Sur le plan physique :

  • Ton cœur bat soudainement plus vite
  • Tu transpires, tu trembles
  • Ta respiration devient rapide et superficielle
  • Tu ressens des nausées ou des vertiges
  • Tes muscles se tendent, prêts à fuir ou à combattre

Sur le plan émotionnel :

  • Une vague soudaine d’anxiété ou de panique
  • Un sentiment d’irréalité, comme si tu étais détachée de ton corps
  • Une colère intense qui surgit de nulle part
  • Une tristesse profonde et envahissante

Sur le plan cognitif :

  • Des flashbacks, cette impression de revivre l’événement
  • Des pensées intrusives que tu ne peux pas arrêter
  • Des difficultés te concentrer sur le moment présent
  • La confusion entre le passé et le présent

Vivre avec les déclencheurs : Entre évitement et guérison

Face aux déclencheurs, notre première réaction est souvent l’évitement. Les personnes atteintes de SSPT tentent d’éviter tout ce qui peut leur rappeler le traumatisme, qu’il s’agisse de lieux, de personnes, ou même de pensées associées à l’événement. C’est un mécanisme de protection naturel et compréhensible.

Mais il y a un prix à payer pour cet évitement. Ton monde peut se rétrécir progressivement : tu évites certains endroits, certaines personnes, certaines activités. Peu à peu, ta vie devient plus petite, dominée par la peur de ce qui pourrait te déclencher.

Y a-t-il un autre chemin ?

Oui, et c’est une nouvelle encourageante : les déclencheurs peuvent être apprivoisés. Cela ne signifie pas qu’ils disparaîtront complètement ou qu’ils cesseront de t’affecter, mais tu peux apprendre à réduire leur pouvoir sur toi.

Stratégies douces pour gérer les déclencheurs

1. L’ancrage dans le présent

Lorsqu’un déclencheur te ramène dans le passé, l’ancrage t’aide à revenir dans le présent. Voici une technique simple :

  • Technique 5-4-3-2-1 : Nommez 5 choses que tu vois, 4 que tu touches, 3 que tu entends, 2 que tu sens, et 1 que tu goûtes
  • Répètes-toi doucement : « Je suis ici, maintenant. Je suis en sécurité. C’était dans le passé, c’est maintenant. »

2. La respiration consciente

Quand ton système nerveux s’emballe, ta respiration peut te ramener au calme :

  • Inspire lentement en comptant jusqu’à 4
  • Retiens ton souffle en comptant jusqu’à 4
  • Expire lentement en comptant jusqu’à 4
  • Fais une pause en comptant jusqu’à 4
  • Répéte plusieurs fois

3. L’auto-compassion

Sois douce avec toi-même. Tu n’es pas faible parce que tu as des déclencheurs. Tu n’es pas brisée. Ton cerveau essaie simplement de te protéger d’un danger qu’il croit toujours présent.

Dis-toi : « C’est normal d’avoir cette réaction. Mon corps fait de son mieux pour me protéger. Je peux prendre le temps dont j’ai besoin pour retrouver mon calme. »

4. Identifier tes déclencheurs

Tenir un journal peut t’aider à repérer des schémas récurrents. Note :

  • Qu’est-ce qui s’est passé juste avant que tu te sentes déclenchée ?
  • Où étais-tu ?
  • Quels sens ont été sollicités ?
  • Quelle émotion a surgi ?

Cette connaissance te donne du pouvoir : tu peux anticiper certaines situations et préparer ta stratégie d’adaptation.

5. Créer un kit de réconfort

Prépare une boîte ou un sac avec des objets qui t’apaisent :

  • Une photo rassurante
  • Un tissu avec une texture agréable
  • Une huile essentielle apaisante
  • Des écouteurs avec une playlist calmante
  • Un objet familier qui t’ancre dans le présent

Chercher de l’aide : Tu n’as pas à traverser cela seule

La plupart des personnes vont guérir de ces troubles dans les 3 mois suivant l’événement, mais environ 20% vont développer une forme chronique du syndrome. Si tes symptômes persistent ou s’aggravent, il est essentiel de consulter un professionnel de santé mentale.

Les thérapies qui peuvent t’aider

La thérapie EMDR : L’EMDR permet de réduire rapidement la charge émotionnelle associée aux traumatismes et d’améliorer la gestion des symptômes du SSPT. Cette approche utilise des mouvements oculaires pour aider ton cerveau à retraiter les souvenirs traumatiques.

Les thérapies cognitivo-comportementales : Elles t’aident à identifier et modifier les pensées et comportements liés au traumatisme.

Les groupes de soutien : Partager son expérience avec d’autres personnes qui comprennent vraiment ce que l’on vit peut être profondément libérateur et réconfortant.

L’importance du soutien social

Le fait de se sentir soutenu par sa famille, ses amis ou d’autres personnes après un événement potentiellement traumatisant peut réduire le risque de SSPT. Tu n’as pas besoin de tout expliquer à tout le monde, mais avoir quelques personnes de confiance qui connaissent tes déclencheurs peut faire une énorme différence.

Prendre soin de soi au quotidien

Ton bien-être global influence ta capacité à gérer les déclencheurs. Voici quelques gestes doux et essentiels à avoir envers toi-même :

Respecte ton rythme de sommeil : Le manque de sommeil rend tout plus difficile à gérer, y compris les déclencheurs.

Bouge ton corps : L’exercice physique aide à libérer les tensions et à réguler le système nerveux. Même une courte promenade peut faire la différence.

Limite les substances addictives : L’alcool et les drogues peuvent aggraver les symptômes. Ils peuvent sembler offrir un soulagement temporaire mais compliquent la guérison à long terme.

Nourris-toi bien : Ton cerveau a besoin de carburant de qualité pour fonctionner au mieux.

Cultive des moments de joie : Même au milieu du processus de guérison, autorise-toi à rire, à profiter, à vivre. La joie n’efface pas le traumatisme, mais elle te rappelle que tu es plus que ce qui t’est arrivé.

Un message d’espoir

Si tu lis ces lignes en te reconnaissant dans ces descriptions, je veux que tu saches quelque chose d’important : ce que tu vis est réel, tes réactions sont légitimes, et la guérison est possible.

Les déclencheurs ne disparaîtront peut-être pas complètement, mais leur pouvoir sur toi peut diminuer. Avec du temps, du soutien et les bonnes stratégies, tu peux retrouver un sentiment de sécurité et de contrôle sur ta vie.

Tu n’es pas définie par ton traumatisme. Tu es une personne entière, pleine de force et de résilience, qui traverse quelque chose de difficile. Et même si le chemin semble long, chaque petit pas compte.

Sois patiente avec toi-même. Célébre les petites victoires. Et souviens-toi : demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, c’est un acte de courage et d’amour envers toi-même.


Sources et ressources

Pour en savoir plus sur le SSPT et trouver de l’aide :

Note importante : Cet article a un but informatif et ne remplace pas un avis médical professionnel. Si tu penses souffrir de SSPT, consulte un professionnel de santé mentale qualifié.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *